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Editorial Mars 2014

Batonnier Douchez

Mes Chers Amis…

Mes Chers Amis,

Dans une publicité que vous vous êtes offerte le 7 mars dans un grand quotidien national, vous avez affirmé, et je vous cite : « les notaires disent oui à la réforme de la justice…si cette ambition n’est pas contrariée par une prétention corporatiste ».

Dans cet article, vous vous êtes permis, même si je ne livre là que mon opinion personnelle, d’attaquer le Conseil National des Barreaux, mais également ni plus ni moins que l’ensemble des avocats français.

Cette attaque gratuite et violente mais surtout injustifiée n’a pas manqué de me surprendre.

Cependant, je ne me livrerai pas à la même diatribe à l’égard de votre profession que je respecte.

Je me contenterai de défendre celle à laquelle j’appartiens et que j’aime.

Qu’est-ce qui vous autorise aujourd’hui à affirmer que le Conseil National des Barreaux aurait publié un Livre Blanc qui est « révélateur du mal être d’une profession aux contours aujourd’hui mal définis et asphyxiée par ses sureffectifs ? »

Avant d’écrire cela, saviez-vous que le nombre d’avocats français, 56.000, représente la même densité par habitant que celle de pays comme la Belgique ou l’Autriche.

Saviez-vous qu’ils sont 120.000 en Espagne, 140.000 en Grande-Bretagne, 160.000 en Allemagne ou 270.000 en Italie ?

Vous ajoutez ensuite, et je vous cite : « cette politique du nombre n’est pas fortuite tant elle offre le prétexte aux dirigeants du Barreau de réclamer sans cesse de nouvelles missions pour la masse toujours croissante de leurs confrères. Aux côtés des avocats plaidants des avocats d’affaires des agents sportifs, des mandataires en transaction immobilières, faudra-t-il voir des avocats tuteurs des personnes protégées » et d’ajouter « en fait de réforme de la justice le Livre Blanc du CNB est ainsi une nouvelle édition d’un catalogue maintes fois publié des prétentions du Barreau (dont je fais partie) à vouloir tout accaparer et notamment les dossiers qui pourraient encore accroître les revenus des cabinets les mieux dotés »,

A vous entendre ainsi, nous ne poursuivons qu’un seul objectif : le profit !

Mais il vrai que votre profession depuis sa création sous l’Ancien Régime et les privilèges des charges ministérielles qui vous ont été accordées vous ont permis de poursuivre l’œuvre de justice.

Saviez-vous que dans un Barreau comme celui de Toulouse 400 avocats au quotidien assurent toutes les permanences : « permanences pénales, permanences Palais, permanences garde à vue jour et nuit, permanences juge des libertés et de la détention, hospitalisation d’office, procédures disciplinaires dans les centres de détention ou dans les maisons d’arrêts ?

Saviez-vous que pour de telles missions, le montant des sommes que nous percevons, mes chers amis, est exorbitant, puisque, pour l’assistance d’une partie civile devant le Tribunal de Police ou devant le Juge de proximité un avocat va recevoir la mirifique somme de 47,04 € ?

Pour cela, il aura reçu son client, préparé des conclusions, et se sera rendu à une audience qui aura duré une après-midi entière.

Saviez-vous que pour assurer la défense d’un prévenu dans le cadre des procédures CRPC (Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité) un avocat qui va passer toute une journée en audience dans le cadre d’un débat devant le Procureur de la République puis en audience publique, va percevoir la somme faramineuse de 117,60 € ?

Saviez-vous que pour défendre un détenu dans une maison d’arrêt dans le cadre d’une procédure disciplinaire, il percevra : 94,08 €, frais de déplacement compris ?

Oui mes chers amis, nous accomplissons toutes ces missions uniquement pour le profit, comme vous l’affirmez si bien !

Vous vous permettez enfin de dire que,  en ce qui vous concerne, vous allez participer à la réforme de justice telle qu’elle est préconisée par Madame Taubira, ce qui, aujourd’hui a contrario, ne serait pas notre cas.

Depuis la nuit des temps, car nous sommes le 2ème plus vieux métier du monde, nous avons toujours agi pour défendre les plus petits comme les plus grands, les plus riches comme les plus pauvres.

Et sachez, mes chers amis, que nous continuerons à agir de la sorte.

Enfin, vous vous permettez de citer, et c’est un excellent choix, Michel Debré et Robert Badinter, 2 grands hommes qui ont œuvré en leur temps, pour l’œuvre de justice.

Pour ce qui me concerne, quelques noms me reviennent en mémoire : Crémieux, Gambetta, Grévy, Gaston Doumergue, Waldeck Rousseau, Raymond Poincaré, Vincent Auriol, René Coty,  François Mitterrand, et Nicolas Sarkozy.

Tous, Présidents du Conseil ou Présidents de la République, ont œuvré dans l’intérêt de la Nation, et de la République, et cependant… tous avocats.

Mes chers amis, jamais je n’aurais pensé un jour vous adresser une telle missive mais la violence de votre chronique m’a paru insupportable.

J’espère simplement qu’elle n’est pas le reflet, de ce que pensent les 9.500 Notaires Français à notre égard.

Car si tel est le cas, cela est bien triste !

Je vous prie de croire, Mes chers Amis, à l’expression de mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.

Vous pouvez accéder au bulletin de l'Ordre par ce lien Bulletin mars 2014

Frédéric DOUCHEZ
Bâtonnier de l'Ordre

Février 2014