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Editorial Juin 2014

Batonnier Douchez       EUTHANASIE

Deux affaires très médiatiques, l’affaire Vincent Lambert et le procès du Docteur Bonnemaison qui comparaît, depuis plusieurs jours, devant la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques, accusé d’avoir accéléré le décès de sept personnes engagées dans un processus de fin de vie, viennent relancer, une nouvelle fois, le débat de l’euthanasie.

Cette actualité montre combien notre pays, la France, a du mal à se positionner sur des questions aussi cruciales que l’accompagnement des patients vers une fin de vie paisible.

La loi du 22 avril 2005, dite loi Léonetti, avait fait avancer le débat en autorisant l’euthanasie passive, c’est-à-dire la possibilité de laisser mourir un patient et de l’accompagner vers la fin de sa vie.

Mais ces deux affaires montrent que le débat n’est pas clos car toujours marqué par l’influence du christianisme.

Chez les Chrétiens, depuis la nuit des temps, le suicide était considéré comme une forme de provocation directe ou d’ingérence à l’égard de la volonté de Dieu.

Saint-Augustin avait même déclaré que : « la vie et ses souffrances sont des ordres divins et doivent être acceptés en conséquence ».

Saint-Thomas d’Aquin, au XIIIème siècle, l’a parfaitement illustré en rappelant que « le suicide enfreignait le commandement biblique qui interdit de tuer et constitue, au bout du compte, le péché le plus dangereux parce qu’il exclue toute possibilité de repentir ».

Mais l’incidence des découvertes scientifiques et médicales ont changé la nature du débat.

Les progrès de la médecine sont, en effet, venus compliquer l’adhésion rigoureuse aux principes et aux enseignements religieux.

Le facteur économique et le coût de plus en plus élevé des soins de santé sont également venus modifier le débat sur la fin de vie.

Nous devons, aujourd’hui, engager une véritable réflexion faisant fi de toutes les considérations religieuses ou autres et légiférer sereinement sur cette question de la fin de vie des malades et de l’euthanasie active.

Il est intolérable de voir des familles s’entredéchirer entre ceux qui veulent maintenir en vie un fils, un frère, un époux et ceux qui veulent le voir mourir dignement compte tenu de son état.

Comment ne pas réagir lorsqu’un patient est atteint de pathologie cancéreuse particulièrement grave ou de maladie dégénérative comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) qui entraîne une paralysie progressive de tous les muscles provoquant des douleurs intolérables, empêchant même une respiration normale mais qui ne touche pas les facultés cognitives.

Nombreux pays d’Europe ont déjà légiféré sur cette question comme la Belgique ou les Pays-Bas, le Luxembourg ou la Suisse, en mettant en place, de manière très encadrée, une euthanasie active.

L’Amérique du Nord et, notamment, le Canada, viennent de voter, voilà quelques jours, une euthanasie et une aide au suicide.

Le débat s’est déroulé dans des conditions sereines après des mois de réflexion.

C’est la voie que nous devons emprunter afin que les malades ne souffrent plus.

C’est notre devoir.

Vous pouvez accéder au bulletin par ce lien Bulletin Juin 2014

Frédéric DOUCHEZ

Bâtonnier de l'Ordre

Juin 2014